DANS LES PAS DE CLAUDE TILLIER

 

                       à CLAMECY

 

 

( 8 stations )

 

1°) MONUMENT FONTAINE CLAUDE TILLIER

         Place du GRAND MARCHE

 

  • Pour un bref résumé du descriptif et l'historique du buste, et son inauguration (effectuée en grande pompe le 17 septembre 1905), se reporter au bulletin 2006 de la SSAC, Société scientifique et artistique de Clamecy ( articles de Déborah Lutignier et de Claudine Galmard p.11 et 21)

     

*Se placer devant le buste et observer l'expression déterminée du visage, bien rendue par le sculpteur Emile Boisseau, pour rendre compte du caractère de Claude Tillier. Voici ce qu'en disait Jules Renard :

« Il avait l'humeur chagrine, le geste violent et la dent dure. Il le voulait, il s'y efforçait, il y mettait même de la coquetterie. Il soignait, disent ses biographes, sa sauvagerie extérieure, sa silhouette de loup maigre. Il cultivait sa vertu intransigeante ».

        'La vertu passe avant le commerce' , disait Claude Tillier.

 

  • Se placer derrière la statue, où se trouvent gravées les titres de ses œuvres principales.

    Claude Tillier fut un écrivain de combat, avant tout pamphlétaire (écrivit près de 650 pages de pamphlets), journaliste également ( journaliste d'opposition qui revendique la liberté de la presse et le suffrage universel, hostile au régime monarchiste, favorable aux idées républicaines sous le règne de Louis Philippe, mais aussi romancier : il est l'auteur de quelques nouvelles et de deux romans Mon Oncle Benjamin et Belle-Plante et Cornélius qu'il rédigea dans un premier temps sous forme de feuilletons destinés à illustrer le journal dont il dirigeait la rédaction ( dénommé L'Association, à Nevers).

    Œuvres romanesques dont l'intérêt majeur est de refléter les idées philosophiques et pamphlétaires de Claude Tillier et de savoir allier l'humour et la fantaisie à la polémique.

    Ses idées anticléricales se trouvent largement développées dans ses pamphlets et imprègnent ces deux romans. La satire religieuse est particulièrement virulente dans Belle-Plante et Cornélius, plus plaisante dans Mon Oncle Benjamin. Il y attaque le fanatisme de certains prêtres, la recrudescence des miracles et tourne en ridicule le culte des reliques.

    Mon oncle Benjamin (1842) présente une satire féroce et jubilatoire du pouvoir de la noblesse et de ses privilèges, s'attaque aux institutions (celle du mariage notamment). Le docteur Benjamin Rathery réfute la médecine lucrative basée sur le charlatanisme, c'est un frondeur, farouchement indépendant, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à son auteur, aimant railler, boire et philosopher !

De ses deux romans, celui qui a rendu célèbre Claude Tillier est MON ONCLE BENJAMIN, même si Jules Renard à titre personnel lui préférait Belle-Plante et Cornélius (1843).

« Je crains, disait-il, qu'on ait trop sacrifié à Mon oncle Benjamin cette délicieuse fantaisie qui s'intitule Belle-Plante et Cornélius ».

 

Mon Oncle Benjamin, qui conquit d'abord le public allemand (et le séduit encore aujourd'hui) a trouvé un regain de popularité avec le film talentueux d'Edouard Molinaro (1969) et Jacques Brel dans le rôle-titre : Mon Oncle Benjamin, l'homme à l'habit écarlate.

A propos de ce roman, Jules Renard déclarait, en 1905 :

« Pourrions-nous aujourd'hui, en France, avec les ressources dont dispose l'édition moderne, faire un succès de gros public à Mon oncle Benjamin ? J'en doute.

C'est une œuvre que les lettrés se réservent. Ils disent : »Quel dommage que la foule l'ignore ! » mais ils savent bien que la foule française lit peu et mal. Trop souvent même, par la statue qu'elle élève à l'écrivain, elle se croit dispensée de le lire. »

 

 

 

 

2°) CAFE CHEZ L'ONCLE BENJAMIN, rue du Grand Marché

 

On pénétrera dans ce café pour y découvrir les merveilleuses peintures murales, œuvres de Robert Pouyaud (1901-1970), peintre-sculpteur disciple d'Albert Gleizes , réalisées entre 1943 et 1946.

On reconnaîtra aisément les personnages du roman (Benjamin, Manette, le docteur Minxit...), ainsi que les lieux ayant servi de décor (à Clamecy, l'escalier de Vieille-Rome ou la collégiale Saint-Martin, et à Corvol la maison du docteur Minxit) mais aussi les scènes du roman illustrées par les différentes peintures : en particulier dans l'arrière-salle du café la fameuse scène de l'embrassade du marquis, et celle du duel entre Benjamin et le vicomte de Pont-Cassé devant la croix des Michelins, située en haut du faubourg des récollets.

On pourra également faire une petite halte (dans l'allée centrale du café) devant le texte tiré du roman, pour y lire la confession de Claude Tillier, l'auteur-narrateur du roman :

« J'ai quarante ans, j'ai déjà passé par quatre professions ; j'ai été maître d'étude, soldat, maître d'école et me voilà journaliste.

J'ai été sur la terre et sur l'océan, sous la tente et au coin de l'âtre, entre les barreaux d'une prison, et au milieu des espaces libres du monde ; j'ai obéi et j'ai commandé ; j'ai eu des moments d'opulence et des années de misère. On m'a aimé et on m'a haï ; on m'a applaudi et l'on m'a tourné en dérision. J'ai été fils et père, amant et époux, j'ai passé par la saison des fleurs et par celle des fruits. »

 

En sortant du café, après s'être rappelé qu'il faut boire avec modération,on pourra faire état de quelques belles citations de Claude Tillier, faisant avec son humour coutumier l'apologie de l'ivresse (non sans être frappé de la parenté évidente avec Rabelais!) :

 

Mon oncle Benjamin n'était pas ce que vous appelez trivialement un ivrogne. C'était un épicurien qui poussait la philosophie jusqu'à l'ivresse, et voilà tout.

 

Benjamin aimait à dire que « la seule chose qui donnât à l'homme la supériorité sur la brute, c'était la faculté de s'enivrer. »

 

Tillier disait encore de Benjamin , non sans une pointe d'insolence :

« S'il eût pu s'enivrer en lisant la messe, il eût lu la messe tous les jours »

 

L'eût-il fait ? On peut en douter. Benjamin, comme Tillier, était profondément anticlérical.

 

 

S'arrêter ensuite devant la maison jouxtant le café, au numéro 18 : maison natale d'André Giroud de Villette. Se repérer à la plaque apposée au niveau du 1er étage .

 

 

 

 

3°) MAISON NATALE DE GIROUD DE VILLETTE

 

Dans cette maison est né André Giroud de Villette.

Ce dernier s'illustra le 19 octobre 1783 à Paris, en accompagnant Pilâtre de Rozier dans l'ascension en ballon des frères Montgolfier pour l'expérience réussie du premier vol en ballon captif.

 

Claude Tillier, qui manifestait un très haut intérêt pour les progrès scientifiques ( notamment l'astronomie – voir article de Jocelyn Bézecourt, Cahiers Claude Tillier n°2 ), très informé des découvertes de son temps, s'inspira de ce haut fait scientifique pour son second roman : Belle-Plante et Cornélius, dont le héros ( le savant Cornélius) rêve de construire un ballon, d'inventer un gouvernail pour le conduire dans les airs, et de tenter lui même le premier vol de cet engin dirigeable. C'est Benjamin, cette fois simple comparse, qui mettra à profit l'héritage légué par son ami Minxit en faisant don de ses écus à Cornélius afin de financer ses études et ses recherches scientifiques.

 

 

 

4°) MAISON NATALE DE CLAUDE TILLIER

       (ancienne maison des Piliers)

 

Claude Tillier voit le jour le 11 avril 1801 dans une maison située à l'emplacement du grand immeuble, situé tout au haut de l'actuelle «rue Claude Tillier», ancienne « rue des Piliers » appelée aussi « rue du Bas-du Marché ».

Se placer devant la plaque apposée en 1970, à l'occasion d'une grande fête populaire organisée par le Comité des Fêtes de l'époque, en l'honneur de Claude Tillier ( défilé d'un grand cortège costumé à travers les rues de la ville, jusqu'au parc Vauvert où se déroula une représentation théâtrale adaptée de Mon Oncle Benjamin ).

Cet immeuble remplace l'ancienne « Maison des Piliers » , construite au XVIe siècle ( voir esquisse p . 99 bulletin de la SSAC 2003) et détruite dans les années 1840.

Gaspard, maître artisan serrurier, père de Claude y habita avec ses beaux-parents Cliquet, dont la demeure se localise dans la partie gauche de l'ancienne maison des Piliers.

C'est dans cette maison que naîtront également les 2 frères cadets de Claude Tillier : Victor, qui deviendra serrurier comme son père, puis Alexandre, écrivain public, le plus jeune qui le suivra à Nevers pour le seconder à l'administration du journal L'Association dont Claude est devenu rédacteur en chef en juin 1841.

Au début des années 1830, Gaspard et sa famille quittent la maison des Piliers pour revenir dans la grande maison familiale, au 18 de la rue des Moulins.

Les trois fils de Gaspard décéderont tous trois dans leur quarantième année (Claude, le 12 octobre 1844 à Nevers).

A la mort de leurs trois fils, les parents Tillier quitteront le quartier pour s'installer rue du Beuvron, où ils finiront leurs jours.

C'est dans ce périmètre du Grand Marché que s'installeront tous les membres de la famille Tillier (grands-parents, oncles, neveux, cousins) . Ils appartiennent à une petite bourgeoisie d'artisans, boutiquiers, hommes de loi, employés de l'administration.

Seul Claude , devenu maître d'école, quittera le périmètre du Grand Marché pour aller habiter rue du Grenier-à-sel et rue Bourgeoise lorsqu'il tenait son école privée, puis Nevers où, devenu journaliste à part entière, il s'installe les quatre dernières années de sa vie.

 

 

5°) MAISON FAMILIALE (18, rue des Moulins)

 

Se placer dans la petite place du petit puits (juste en face) avec vue sur la maison

 

Dans cette grande maison se succéderont des générations de Tillier pendant près d'un siècle et demi.

De pères en fils, les fils aînés de la famille porteront le prénom Claude.

 

Le trisaïeul de Claude en fait l'acquisition en 1720. Le grand-père , huissier (porteur de contraintes ) sera le «Machecourt » de mon Oncle Benjamin. Il épouse en 1767 Anne Rathery, dont le frère (Germain Rathery, chirurgien de son état à Prémery) deviendra «  l'oncle Benjamin » du roman de Tillier.

« Ledit grand-père Machecourt » et Anne Rathery auront 11 enfants dont cinq survivront, parmi lesquels Gaspard, le père de notre pamphlétaire, qui quittera la maison familiale après son mariage pour rejoindre la demeure de ses beaux-parents dans la maison des Piliers.

 

La maison familiale sera vendue en 1861 par Claire, nièce de Claude Tillier.

 

 

 

 

6°) LA MAISON DE CLAUDE TILLIER ( dans l'immeuble faisant l'angle au 27, bas de la rue des Moulins et donnant par sa façade ouest sur le bief du Beuvron)

 

N.B. Pour un aperçu complet des maisons occupées par la famille Tillier à Clamecy, se reporter aux articles de Claudine MARENCO : « L'oncle Rémi, un homme d'ordre » (bulletin SSAC 2003, p.95)

et « Le patrimoine immobilier des Tillier à Clamecy » (Cahiers Claude Tillier n° 7 p.30)

 

En 1828, ayant accompli 5 années de service militaire (Tillier participera en 1823 à l'expédition d'Espagne, lancée par Louis XVIII) Claude revient à Clamecy, s'y installe comme maître d' école et épouse Anne Elisabeth Col (fille d'un marchand drapier). Après son mariage, il habitera plusieurs années en location, rue Bourgeoise et rue du Grenier à sel.

Ce n'est qu'en 1834 ( il est alors âgé de 33 ans) qu'il fait l'acquisition de cette maison située au bas de la rue des Moulins, à proximité de la porte Randan (dans l'immeuble actuellement restauré). Il y transporte l'école privée qu'il avait fondée en 1828 et qu'il conserva jusqu'à son départ pour Nevers à la fin de l'année 1840.

 

Contourner ensuite l'immeuble pour se placer côté bief des moulins ( à proximité du petit pont) où l'on identifiera plus aisément « la terrasse » , « l'escalier descendant au bief  et « la porte de sortie » mentionnés dans l'acte de vente.

 

Ecoutons Claude Tillier évoquant les difficultés de son métier d'instituteur, mal rétribué :

 

Le quart de vos élèves vous payera mal ; l'autre quart ne paiera pas du tout, à moins toutefois qu'il ne vous paie en mauvaises querelles et injures. Aussitôt que la violette

commencera à poindre le long des haies, que les arbres deviendront blancs et roses,

petites filles et bambins s'envoleront aux travaux des champs comme une troupe de petits canards qu'une poule a longtemps rassemblés autour d'elle, ouvrant leurs ailes

et s'envolent lorsqu'ils aperçoivent une rivière.

 

Mais en 1841, Claude Tillier ne peut plus du tout exercer son métier de maître d'école. Il est acculé à la ruine. Trop de notables, en effet, attaqués par lui dans ses pamphlets ou par la presse ( maire, curé, sous-préfet, le juge Paillet et le député royaliste Dupin Aîné ...) vont progressivement se charger de discréditer son école , qui perd peu à peu tous ses élèves ; car la rumeur court. On lui reproche la sévérité de ses corrections envers les mauvais élèves ou les indisciplinés, on l'accuse d'inciter ses propres élèves à se bagarrer contre ceux du collège. On évoque ses écarts de boisson.

Un jour, le drapeau noir est hissé sur le toit de son école !

 

Ecoutons Tillier évoquant lui-même cette triste période de sa vie, qui va le contraindre à quitter « son cher Clamecy » :

Ils (ses ennemis) arrêtaient au passage les mères de famille qui venaient d'amener leur fils, ils leur disaient que je n'avais pas de religion, pas de tenue, pas d'ordre ; que je n'apprendrais pas à leurs enfants à baisser le menton au nom de Jésus.

Je ne pouvais résister à ces tirailleurs invisibles qui me sarbacanaient de tous côtés ; au bout de deux ou trois ans, mon école se retrouva réduite à rien, tarie comme un tonneau. Les bourgeois s'en allèrent les premiers, puis les marchands, puis enfin le peuple...

Et Tillier d'ajouter, non sans amertume : « Quand l'ingratitude vient des nôtres, elle a un dard bien cuisant. »

 

Poursuivre le bief des moulins jusqu'aux « anciens moulins royaux », passer sous la poterne et remonter la rue des Moulins pour faire une station devant Le Café des Colonnes.

 

 

7°) LE CAFE DES COLONNES

 

Au XIXe siècle, ce café ( au temps de Claude Tillier situé à l'autre extrémité du bâtiment, côté rue du grand Marché) est le lieu de rendez-vous privilégié de toute l'intelligentsia clamecycoise républicaine. On y discutait ferme, haut et fort, de politique en particulier mais on y va aussi pour se distraire (on y joue, au billard, à la bouillotte...) .

Claude Tillier, qui avait une réputation de solide buveur, le fréquentait assidûment.

De là partaient de nombreux charivaris ou libelles, improvisés sur place pour atteindre les notables que leur situation sociale privilégiée rendait inattaquables. En 1835, le maire voulut en interdire la publication.

Des générations de flotteurs avaient véhiculé, depuis la capitale, jusqu'à Clamecy les idées progressistes. Le terrain clamecycois, depuis la Révolution, et jusqu'au coup d'Etat de Louis-Napoléon Bonaparte aura toujours périodiquement été animé de soubresauts et de révoltes.

Le frondeur Claude Tillier ne fut pas en reste. Un habitué des lieux : Bonniard, le grand-père de Romain Rolland – par ailleurs l'un des premiers souscripteurs de ses pamphlets - rapporte , dans son journal intime (rédigé entre janvier 1830 et décembre 1843) un incident dont il fut témoin . Il décrit une bagarre au cours de laquelle le sieur Tillier, égaré par la colère, fut contraint d'essuyer les souliers d'un contradicteur, à la tête duquel il avait jeté une lampe pleine d'huile.

 

Dans l'un de ses pamphlets, Claude Tillier y évoquera une « descente de police » et tentera d'intercéder pour éviter des ennuis au tenancier du café des Colonnes. Voici les faits :

Un jour de mardi-gras, où il y a surabondance de consommateurs, un groupe de clients arrive : l'aubergiste les installe dans sa propre chambre, avec des rafraîchissements et un jeu de cartes.

Sur ce, arrivée inopinée du commissaire ( prévenu par un mouchard, soupçonne Tillier) suivi de sa brigade. Forçant la chambre, il constate qu'on y joue à un jeu d'argent ( les hommes jouent de fait à la bouillotte avec des jetons) et en déduit que l'établissement sert de tripot. Le jeu est interdit, à l'époque, comme jeu de hasard. Tillier requiert l'indulgence du procureur : « C'est le Carnaval qui tolère bien des choses », invoque-t-il. Et pour attester de sa bonne foi, rajoute  qu'il « réprouve les jeux de hasard » et qu'il n'est pas « partisan de la bouillotte ». Il n'aime pas « ces jeux où l'on perd en quelques coups de cartes l'argent péniblement amassé pendant une semaine, ou quelquefois pendant un mois. Le gagné ( perdant) me fait l'effet d'un homme dépouillé, et le gagneur me semble presque un voleur ».

 

A Clamecy, les cibles privilégiées de Claude Tillier sont Dupin Aîné (élu député monarchiste en 1831) et le juge Paillet, (qui siège au Conseiller municipal et condamna à huit jours d'emprisonnement Tillier pour outrage à magistrat ), par ailleurs soutien de Dupin et représentant de « l'aristocatie râpée » clamecycoise « qui gouverne la ville », telle que la qualifie Claude Tillier. Il ridiculisera le juge Paillet sous les traits du « bailli » dans le roman de Mon Oncle Benjamin et l'un de ses pamphlets contre lui (M. Nolens et M. Volens) aura si bien atteint sa cible qu'il lui coûtera sa réélection au Conseil municipal en 1843.

 

De Dupin, qu'il surnomme « le roi de Clamecy », il déclare : C'est un bœuf, un mammouth, c'est le plus gros animal du système électoral et je suis le moucheron, le cousin qui le pique au museau. »

Rappeler que le système électoral à l'époque de Tillier est le régime censitaire, qui à l'époque réduit le nombre d'électeurs à une portion infime de gros propriétaires, et que la révolution de 1848 abrogera au profit du suffrage universel .

 

Tillier était devenu la bête noire des notables de la ville. Voici ce qu'écrivait sur lui le Sous-préfet dans un rapport adressé au ministre : « Dans les temps de trouble, le sieur Tillier serait un homme dangereux » !

 

Rejoindre la médiathèque en remontant la rue du château jusqu'à la place de l'hôtel de ville ( admirer au passage la collégiale Saint-Martin) puis redescendre à la médiathèque par la rue du grenier à sel et du collège.

Devant la façade de la collégiale, écouter Claude Tillier évoquer la beauté de cet édifice, en particulier la tour :

« ...la tour de Sain-Martin, vêtue de son aube de dentelle, et parée de ses bijoux de pierre. Cette tour vaut à elle seule une cathédrale ; à son côté s'étend la vieille basilique qui jette à droite et à gauche, avec une admirable hardiesse, ses grands contreforts taillés en arche. Votre ami ne pourra s'empêcher de la comparer à une gigantesque araignée se reposant sur ses longues pattes. » MOB chap. XVII

 

 

8°) LA MEDIATHEQUE , ancien collège, rue Jean Jaurès

 

Se placer dans la cour ou devant la grille.

 

Cet édifice abrite la bibliothèque de Clamecy, fondée en 1832 par Jacques-Bayle Parent, pharmacien qui appartient à une dynastie de grands républicains dans la Nièvre) condisciple de Claude Tillier au collège de la ville, ami fidèle mais aussi son collaborateur et co-rédacteur du journal L'Indépendant, fondé en 1831 pour contrer la candidature de Dupin au lendemain de la révolution des Trois-Glorieuses.

Au lendemain de la mort de Claude, (Tillier meurt à Nevers de tuberculose le 12 avril 1844, à l'âge de 43 ans), Jacques-Bayle Parent (qui deviendra le 1er sous-préfet de la République en 1848, mais sera révoqué l'année suivante par le prince-président Louis-Napoléon Bonaparte) rédige la première biographie de son ami (une courte notice, qui sera vendue au profit de sa veuve et de ses enfants).

 

Il y évoque le caractère de Claude, durant ses années de collège : 

« Doué d'une grande force musculaire, d'un caractère irascible, hardi et turbulent, ennemi de toute entrave, il préludait déjà, dans son enfance, par des rixes fréquentes, aux luttes du pamphlétaire. Combien de fois rentra-t-il chez son père avec des pans d'habit de moins, des déchirures à la figure ou des contusions sur le corps !...une fois, entre autres, on l'emporta

du collège de Clamecy avec le bras fracturé ».

 

A l'âge de 12 ans, le parcours scolaire néanmoins brillant de cet élève indiscipliné lui vaut d'être envoyé au lycée impérial de Bourges, grâce à l'unique bourse d'étude octroyée par la ville de Clamecy à l'élève le plus méritant. Il en sortira bachelier-es-lettres, non sans s'être fait remarquer en 1814 dans une rébellion des élèves s'insurgeant contre la suppression de la cocarde tricolore et le rétablissement de la cocarde blanche, selon la volonté du roi Louis XVIII .

 

En 1830, Claude Tillier revient au collège de Clamecy, cette fois en qualité de directeur de l'Ecole mutuelle. Il y est nommé par le Conseil municipal, qui a remarqué ses talents de pédagogue (rappelons que Tillier a ouvert une école privée depuis 1828, qui rencontre un certain succès).

 

Deux ans plus tard, retournement de situation : il est subitement destitué de sa fonction par décision du Comité cantonal de surveillance de l'enseignement, composé d'un triumvirat pas spécialement favorable à Tillier ( le sous-préfet Delamare, le curé Guillaumet, et le juge Paillet) , d'autant plus que Tillier use de son temps libre pour se convertir en journaliste politique (c'est en 1831 qu'il deviendra , avec son ami Parent, le principal rédacteur du journal L'Indépendant, qui tire à boulets rouges sur le tout-puissant Dupin Aîné.)

En fait, comme le conseil municipal le soutient, le Comité de surveillance va user d'un subterfuge pour l'éliminer secrètement en le poussant à démissionner. Le Comité de surveillance décide de lui adjoindre un collaborateur (un certain M. Bonnet, employé au canal !) qui partagera ses fonctions...et son salaire !

Indignation de Claude Tillier, qui déclare que désormais « l'école serait comme un attelage mené par un cheval et un âne » mais, pour ne pas subir l'humiliation d'une révocation, Tillier donne effectivement sa démission, le 6 novembre 1832, et reprend la direction de son école privée.

 

Cet événement va indirectement pousser Claude Tillier vers sa véritable vocation puisqu'il décide aussitôt de relater les faits dans un pamphlet (ce sera le premier de sa carrière de pamphlétaire) : « Le Pamphlet-Pétition », pétition qu'il adresse au Conseil municipal pour réclamer justice, s'estimant lésé par le Comité cantonal de surveillance.

Tillier n'obtint pas gain de cause, bien évidemment. Il luttait contre plus fort que lui.

Tillier se vengera du juge Paillet en le brocardant sous les traits du bailli dans « Mon Oncle Benjamin » :

« M. le bailli était un personnage assez peu recommandable ; il comprenait bien la loi, mais quand elle contrariait ses aversions ou ses sympathies, il la laissait dire . On l'accusait d'avoir à sa balance un plateau d'or et un plateau de bois[...]et, au fait je ne sais comment cela arrivait, mais ses amis avaient toujours raison et ses ennemis avaient toujours encouru le maximum de la peine...[...]

Mon oncle ne haïssait point M. le bailli ; il ne daignait pas même le mépriser ; mais en présence de cette abjection, il éprouvait comme un soulèvement de son âme...[...]

Pour M. le bailli, il haïssait Benjamin avec toute l'énergie de son âme bilieuse. Celui-ci ne l'ignorait pas ; mais il s'en mettait peu en souci. »

  

                                             ************************

Ainsi, à travers ses pamphlets, ses articles et ses romans, c'est par la force de sa plume et son courage d'affronter les puissants, que Claude Tillier sera parvenu à venger les petits et les humbles des iniquités que la société de son temps faisait peser sur eux.

 

Document établi par Claudine Galmard

 

 

 

 

 

1°) MONUMENT FONTAINE CLAUDE TILLIER

         Place du GRAND MARCHE

 

  • Pour un bref résumé du descriptif et l'historique du buste, et son inauguration (effectuée en grande pompe le 17 septembre 1905), se reporter au bulletin 2006 de la SSAC, Société scientifique et artistique de Clamecy ( articles de Déborah Lutignier et de Claudine Galmard p.11 et 21)

     

*Se placer devant le buste et observer l'expression déterminée du visage, bien rendue par le sculpteur Emile Boisseau, pour rendre compte du caractère de Claude Tillier. Voici ce qu'en disait Jules Renard :

« Il avait l'humeur chagrine, le geste violent et la dent dure. Il le voulait, il s'y efforçait, il y mettait même de la coquetterie. Il soignait, disent ses biographes, sa sauvagerie extérieure, sa silhouette de loup maigre. Il cultivait sa vertu intransigeante ».

        'La vertu passe avant le commerce' , disait Claude Tillier.

 

  • Se placer derrière la statue, où se trouvent gravées les titres de ses œuvres principales.

    Claude Tillier fut un écrivain de combat, avant tout pamphlétaire (écrivit près de 650 pages de pamphlets), journaliste également ( journaliste d'opposition qui revendique la liberté de la presse et le suffrage universel, hostile au régime monarchiste, favorable aux idées républicaines sous le règne de Louis Philippe, mais aussi romancier : il est l'auteur de quelques nouvelles et de deux romans Mon Oncle Benjamin et Belle-Plante et Cornélius qu'il rédigea dans un premier temps sous forme de feuilletons destinés à illustrer le journal dont il dirigeait la rédaction ( dénommé L'Association, à Nevers).

    Œuvres romanesques dont l'intérêt majeur est de refléter les idées philosophiques et pamphlétaires de Claude Tillier et de savoir allier l'humour et la fantaisie à la polémique.

    Ses idées anticléricales se trouvent largement développées dans ses pamphlets et imprègnent ces deux romans. La satire religieuse est particulièrement virulente dans Belle-Plante et Cornélius, plus plaisante dans Mon Oncle Benjamin. Il y attaque le fanatisme de certains prêtres, la recrudescence des miracles et tourne en ridicule le culte des reliques.

    Mon oncle Benjamin (1842) présente une satire féroce et jubilatoire du pouvoir de la noblesse et de ses privilèges, s'attaque aux institutions (celle du mariage notamment). Le docteur Benjamin Rathery réfute la médecine lucrative basée sur le charlatanisme, c'est un frondeur, farouchement indépendant, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à son auteur, aimant railler, boire et philosopher !

De ses deux romans, celui qui a rendu célèbre Claude Tillier est MON ONCLE BENJAMIN, même si Jules Renard à titre personnel lui préférait Belle-Plante et Cornélius (1843).

« Je crains, disait-il, qu'on ait trop sacrifié à Mon oncle Benjamin cette délicieuse fantaisie qui s'intitule Belle-Plante et Cornélius ».

 

Mon Oncle Benjamin, qui conquit d'abord le public allemand (et le séduit encore aujourd'hui) a trouvé un regain de popularité avec le film talentueux d'Edouard Molinaro (1969) et Jacques Brel dans le rôle-titre : Mon Oncle Benjamin, l'homme à l'habit écarlate.

A propos de ce roman, Jules Renard déclarait, en 1905 :

« Pourrions-nous aujourd'hui, en France, avec les ressources dont dispose l'édition moderne, faire un succès de gros public à Mon oncle Benjamin ? J'en doute.

C'est une œuvre que les lettrés se réservent. Ils disent : »Quel dommage que la foule l'ignore ! » mais ils savent bien que la foule française lit peu et mal. Trop souvent même, par la statue qu'elle élève à l'écrivain, elle se croit dispensée de le lire. »

2°) CAFE CHEZ L'ONCLE BENJAMIN, rue du Grand Marché

 

On pénétrera dans ce café pour y découvrir les merveilleuses peintures murales, œuvres de Robert Pouyaud (1901-1970), peintre-sculpteur disciple d'Albert Gleizes , réalisées entre 1943 et 1946.

On reconnaîtra aisément les personnages du roman (Benjamin, Manette, le docteur Minxit...), ainsi que les lieux ayant servi de décor (à Clamecy, l'escalier de Vieille-Rome ou la collégiale Saint-Martin, et à Corvol la maison du docteur Minxit) mais aussi les scènes du roman illustrées par les différentes peintures : en particulier dans l'arrière-salle du café la fameuse scène de l'embrassade du marquis, et celle du duel entre Benjamin et le vicomte de Pont-Cassé devant la croix des Michelins, située en haut du faubourg des récollets.

On pourra également faire une petite halte (dans l'allée centrale du café) devant le texte tiré du roman, pour y lire la confession de Claude Tillier, l'auteur-narrateur du roman :

« J'ai quarante ans, j'ai déjà passé par quatre professions ; j'ai été maître d'étude, soldat, maître d'école et me voilà journaliste.

J'ai été sur la terre et sur l'océan, sous la tente et au coin de l'âtre, entre les barreaux d'une prison, et au milieu des espaces libres du monde ; j'ai obéi et j'ai commandé ; j'ai eu des moments d'opulence et des années de misère. On m'a aimé et on m'a haï ; on m'a applaudi et l'on m'a tourné en dérision. J'ai été fils et père, amant et époux, j'ai passé par la saison des fleurs et par celle des fruits. »

 

En sortant du café, après s'être rappelé qu'il faut boire avec modération,on pourra faire état de quelques belles citations de Claude Tillier, faisant avec son humour coutumier l'apologie de l'ivresse (non sans être frappé de la parenté évidente avec Rabelais!) :

 

Mon oncle Benjamin n'était pas ce que vous appelez trivialement un ivrogne. C'était un épicurien qui poussait la philosophie jusqu'à l'ivresse, et voilà tout.

 

Benjamin aimait à dire que « la seule chose qui donnât à l'homme la supériorité sur la brute, c'était la faculté de s'enivrer. »

 

Tillier disait encore de Benjamin , non sans une pointe d'insolence :

« S'il eût pu s'enivrer en lisant la messe, il eût lu la messe tous les jours »

 

L'eût-il fait ? On peut en douter. Benjamin, comme Tillier, était profondément anticlérical.

 

 

S'arrêter ensuite devant la maison jouxtant le café, au numéro 18 : maison natale d'André Giroud de Villette. Se repérer à la plaque apposée au niveau du 1er étage .

Portail de la Ville de Clamecy

Clamecy, collégiale Saint-Martin

La maison du Tisserand

Buste Claude Tillier

17 sept.2005 jour du centenaire

Buste Claude Tillier à Clamecy

Nouvel emplacement, juin 2012

Statue du Flotteur au pont de Bethléem

les traditionnelles joutes clamecycoises

Les joutes sur l'Yonne,

divertissement traditionnel des flotteurs.